Communiqué :Joël Le Scouarnec, chirurgien, est inculpé pour
viols et agressions sexuelles aggravés, commis dans l’exercice de ses
fonctions entre 1986 et 2014, sur 299 mineur·es de moins de 15 ans.
Le
procès aura lieu à partir du 24 février 2025 à la cour criminelle
départementale du Morbihan à Vannes. Il faut noter que Joël Le Scouarnec
est déjà en détention depuis 2020 pour une autre condamnation pour
viols et agressions sexuelles sur d’autres enfants. Le Conseil National
de l’Ordre des Médecins (CNOM) s’est porté partie civile (1) dans cette
accusation, ce qui nous apparaît illégitime et irresponsable, voire
insultant au vu de son inaction depuis 2006.
En 2006, suite à la
condamnation pénale de Joël Le Scouarnec pour détention d’images
pédopornographiques, le Conseil Départemental de l’Ordre des Médecins
(CDOM) du Finistère s’était dit incompétent pour le poursuivre devant sa
juridiction disciplinaire. Le prétexte était qu’il ne pouvait
poursuivre un médecin hospitalier que pour des "actes détachables de sa
fonction publique hospitalière". Or comment penser que la possession
d’images pédopornographiques était liée à sa fonction de chirurgien ?!
Par
la suite, en 2008, le CDOM de Charente-Maritime, mis au courant de la
condamnation pour pédopornographie de ce chirurgien amené à s’occuper
d’enfants, n’aurait pas dû lui donner l’autorisation d’exercer sans
enquête préalable. Nombre d’agressions et de viols auraient pu être
empêchés...
Alors que l’Ordre des médecins est censé veiller au
maintien des principes de moralité et de probité de la profession (2),
on voit bien une fois encore qu’il ne remplit pas ce rôle de défense des
usager·es de soins face à des actes délictueux et criminels de
médecins. Nous jugeons qu’il est inadmissible que l’Ordre des médecins
n’exprime ni regrets ni excuses publiques par rapport à cette passivité
irresponsable, à ces années de silence, lourdes de conséquences pour les
victimes. Ainsi, nous ne tolérons pas qu’il ose se porter partie civile
dans cette affaire, alors que sa responsabilité est engagée.
Ces
graves manquements répétés interrogent sur l’intérêt même de l’existence
de cette juridiction ordinale d’exception. Par ailleurs, nous nous
étions déjà mobilisés, suite au rapport accablant de la Cour des Comptes
(3), pour appeler à la dissolution de cette institution (4). Au-delà de
ce procès, nous dénonçons l’inaction de l’Ordre des médecins dans de
nombreuses situations de violences perpétrées par des médecins. L’Ordre
des médecins n’est visiblement pas compétent pour juger de telles
situations et il est même nuisible. En cas de violences de la part de
médecins, le premier recours doit rester le tribunal de droit commun.
1)
Se porter partie civile = s’estimer victime d’une infraction et donc
intervenir dans la procédure en justice pour obtenir une indemnisation
de son préjudice.
2) Défini dans l’article L. 4121-2 du code de la santé publique.
3) Rapport de la Cour des Comptes :
https://www.ccomptes.fr/fr/publications/lordre-de...4)
https://syndicat-smg.fr/appel-interassociatif-et-...